Les dangers du cloud !

La découverte du Cloud sauvage

Voilà quelques semaines qu'Olivia découvre avec délices sa nouvelle entreprise. En allant de plaisirs en bonheurs et d'émerveillements en éblouissements, elle était tombée sur un détail croustillant : l'un des développeurs, ayant probablement un peu trop forcé sur le « fun » le midi, s'était vanté auprès de ses collègues d'utiliser des serveurs de tests à la demande hébergés dans le Cloud.

Devant cet affront, les autres s'étaient empressés d'enchérir à grand renfort de cartes bancaires :

« Moi, j'ai la Gold ! Tu vois, la Gold ! Avec ça, j'ai 20 serveurs en permanence sur le Cloud ! »

Ou bien le classique « c'est moi qui en ai le plus » :

« Moi, j'en ai 30 et sur trois fournisseurs différents ! »

Charmant, se dit Olivia. En audit, on aurait appelé ça un pâté qui se met en croûte tout seul. Charmant et instructif, sachant que tout le monde poussait de grands cris lorsque l'on parlait de Cloud dans cette entreprise.

« Tu comprends, le Cloud, c'est dangereux, Olivia, il y a des pirates informatiques ! C'est mieux de rester en sécurité chez nous ! » lui avait dit Bernard.

Elle allait leur montrer que le Cloud ne pose pas forcément le problème, mais plutôt son utilisation non maîtrisée. Elle avait donc entrepris de souligner cette utilisation et de l'afficher en comité de direction pour une prise de conscience.

Trois problèmes majeurs

À force de discussions, révélations, cachotteries et autres investigations, elle avait identifié trois problèmes principaux.

Le premier problème, et le plus urgent, était que des données clients étaient disponibles en clair depuis l'extérieur de l'entreprise. Solution expéditive, avec l'appui de Bernard :

« Ah bon, on a du CLOUD ?? »

Visiblement épouvanté, comme si on lui avait annoncé qu'il avait attrapé une maladie honteuse.

Elle avait fait fermer les serveurs incriminés et identifié les « fautifs ».

Le deuxième problème était l'ignorance totale de certains de ses collègues concernant l'utilisation d'applications à la demande hébergées dans le Cloud. Alors que la plupart pensaient être « Cloud free » à 200 % et ne jamais utiliser de telles atrocités (« C'est diablerie, messire ! »), elle avait dénombré plus de 180 applications dans le Cloud hébergeant des données de la société. Bernard était à la limite de l'AVC lorsqu'elle lui avait annoncé.

Et enfin, la base du problème : le Cloud étant un tabou absolu, aucune règle n'existait pour son utilisation et les « contrevenants » n'en étaient pas vraiment car aucun cadre ne leur avait été donné !

Un plan d'action structuré

Olivia avait une petite idée de la manière d'améliorer cette situation :

  1. Parer au plus urgent et limiter les risques de fuite des données

  2. Parler à Bernard et le détendre sur l'utilisation du Cloud

  3. Fixer des limites en encadrant l'utilisation des ressources Cloud

  4. Former les utilisateurs à la prévention des fuites de données

Elle avait donc, avec l'accord de Xavier et Bernard, organisé une présentation pour le prochain comité de direction.

Premier objectif : démystifier l'utilisation du Cloud et la nature même de ce que c'est – un moyen de stockage d'infrastructure, de données et d'applications qui n'est pas moins sécurisé qu'un serveur hébergé localement. « Toutes les données de l'entreprise sont là... sur mon bureau. Si je coupe le courant de cette "boîte", l'entreprise ne tourne plus. » Sourire tout fier de lui.

Elle avait également proposé un cadre pour l'utilisation du Cloud à intégrer en annexe à la future politique de sécurité de l'entreprise. Et enfin, elle avait proposé une communication et des formations pour les employés afin de mieux comprendre les enjeux. « Ah désolé, je ne savais paaaas... ! »

La présentation au comité de direction

Jérôme, le directeur commercial, était particulièrement dissipé, parlant avec Hélène à côté qui ne faisait pas non plus de grands efforts de concentration. Lorsqu'elle présenta les premiers constats, le silence se fit assez rapidement.

« Mais ce n'est pas possible, je n'utilise pas de Cloud, moi ! » s'était exclamée Hélène qui se croyait en sécurité alors que visiblement son département était l'un des plus gros utilisateurs d'applications Cloud.

« Les sites de recherche d'emploi, c'est du Cloud ? »

L'équipe ressources humaines utilisait en effet les sites de recherche d'emploi comme outil de stockage pour les Curriculum Vitae (CV) de leurs candidats, et ces documents contiennent des informations personnelles et peuvent donc présenter un risque en termes de réglementation et de risque de fuite de données appartenant à des tiers. Ce sont en effet des détails, mais qui en cas de problème peuvent coûter une belle amende allant jusqu'à 20 millions d'euros – ou 4 % du chiffre d'affaires global – à l'entreprise.

Elle conclut en précisant que l'objectif de cette présentation était une prise de conscience et non pointer du doigt un coupable. Tout le monde avait d'abord conspué Hélène avant de se rendre compte qu'ils étaient tous dans la même situation.

À moyen terme, elle espère instaurer plus de contrôle sur l'utilisation du Cloud dans l'entreprise, permettant d'ouvrir progressivement la transformation de l'entreprise.

Des remous politiques

Elle sentait que malgré la prise de conscience de ses collègues, elle ne s'était pas fait que des amis au comité de direction. Mais tant que Bernard la soutiendrait, elle ne risquerait pas trop de se prendre « une balle perdue ».

Xavier, lui, était très inquiet. Les remous commençaient déjà à se faire sentir avec Jean-Yves, le responsable administratif et financier, qui l'avait appelé en demandant un droit de regard sur les travaux actuels d'Olivia.

« Elle est en train de créer des problèmes, Xavier ! »

Il l'avait regardée un moment, penchée sur son bureau, étudiant un document. Malgré la détermination, elle lui avait semblé fragile, vulnérable et si jeune. Et il avait décidé de la soutenir de manière indéfectible. Il se sentait de plus en plus proche d'elle et, après tout, elle n'avait fait que pointer une situation existante.

Jean-Yves était un vrai amateur de cognac. Ça allait lui coûter un peu cher, mais ils allaient passer un bon moment.