Face à l'inconnu

Olivia est pleine d'appréhensions au moment de rencontrer Julien, le responsable de la production. Elle s'imagine un rétrograde caché au fond d'un bureau sans lumière, jouant avec des outils massifs et des posters de femmes nues collés au mur. Elle se rend compte qu'elle fait preuve de la plus basse expression de l'idée reçue négative, mais elle a tout de même prévenu Roseline qu'elle se rendait dans le bureau de ce fameux Julien et que, pour le cas où elle ne reviendrait pas dans une heure, il faudrait déclencher le plan ORSEC.

Roseline l'avait rassurée à nouveau. « Tu vas voir, il est très gentil, Julien. »

Loin de la rassurer, Olivia se sent perdue à la fois chez BFC Tracteurs et concernant le sujet industriel. Elle ne sait pas de quelle manière éviter de dire des bêtises et de passer pour une dinde devant ces hommes des cavernes qui peuplent, à n'en pas douter, l'usine bruyante où elle se rend.

L'entrée dans l'antre

Arrivée devant le bâtiment, elle n'est plus vraiment certaine de vouloir entrer. Une sorte de hangar, heureusement éclairé, dont les dimensions sont particulièrement impressionnantes. Elle hésite, se tortillant un peu. Elle regrette tout à coup d'avoir mis une jupe.

Elle décide finalement de toquer doucement à la petite porte en métal qui sépare le monde des hommes de l'univers brut et bruyant des machines. Elle espère secrètement que personne ne l'entendra et qu'elle pourra s'enfuir rapidement, mais immédiatement la porte s'entrouvre en émettant un grésillement électrique caractéristique et laisse passer un rai de lumière qui l'assaillit dans la pénombre de cette fin d'après-midi d'automne.

Prenant son courage à deux mains, elle décide finalement d'entrer tout en restant sur ses gardes. À l'intérieur, éblouissante, la lumière éclate et le bruit explose dans ses oreilles. Elle se rend compte qu'elle se retrouve au milieu d'une ruche où de multiples petites abeilles s'affairent à un grand plan commun connu d'elles seules.

Un homme lui tend quelque chose en lui faisant signe de le suivre en souriant : une protection auditive, remarque-t-elle avec soulagement, tout en suivant son guide dans les méandres bruyants et lumineux de la production.

La découverte de l'usine

De longues machines se perdent dans l'immensité de l'usine avec, par endroit, des tracteurs à différents stades de production entourés par des hommes ou des machines tournoyantes. Toutes ces opérations sont rythmées par un vacarme de vissages, craquements ou grincements assourdissants.

Un monde passionnant mais effrayant pour Olivia qui rase les murs, très impressionnée. Plusieurs fois elle se heurte à un objet ou à un mur alors qu'elle était occupée à fixer, de ses yeux ébahis, ce ballet métallique et fantastique.

Après un moment, l'homme frappe finalement à une porte et l'introduit dans le bureau, lui faisant au revoir de la main et l'abandonnant à son sort.

La surprise

Pas de photos de femmes nues, pas de radio avec de la country ou des résultats de football. Non, un bureau de type assez moderne et une musique assez douce de type baroque. À son grand étonnement, Julien n'est ni vieux ni poussiéreux, et il lui sourit de toutes ses dents en lui tendant la main.

« Bienvenue chez les fous, Olivia ! »

Elle se sent tout de suite à l'aise avec ce jeune homme original et comprend où voulait en venir Roseline avec ses remarques. Cet homme doit être la coqueluche de la gent féminine locale. Pointe de jalousie ? Défi ?

La discussion est agréable et instructive. Julien est un peu dans la même position qu'elle : il dépend d'un manager en fin de carrière, il a un profil atypique et a des idées novatrices.

Un diagnostic partagé

Il lui explique un peu la situation. Il a conscience des défis qui l'attendent. Il n'a pas d'inventaire et donc il lui est impossible de faire une analyse de vulnérabilités. En résumé, il lui est impossible d'évaluer les risques. Ils se mettent rapidement d'accord sur une stratégie commune afin de faire bouger les choses dans cette entreprise, avec comme première étape d'aller chercher du budget pour une évaluation complète de la chaîne de production.

Pourquoi la gestion de la production est-elle un rouage stratégique pour une entreprise comme BFC Tracteurs ? Tout simplement parce que dans une entreprise de ce type, l'activité est parfois saisonnière et que la production peut devenir un « goulot d'étranglement » limitant la croissance du chiffre d'affaires. Parce qu'un arrêt de l'usine équivaut à une perte quotidienne pouvant aller jusqu'à soixante-dix pour cent du chiffre d'affaires, voire à la perte de clients.

Julien lui dit qu'un budget ne devrait pas être trop difficile à débloquer, sachant que le risque est assez simple à quantifier précisément. Il a néanmoins besoin de son aide car ses analyses à lui seul ne suffisent pas.

- Tu crois qu'ils vont écouter une femme s'ils ne t'écoutent pas, toi ? Tu as l'oreille du président, Olivia, c'est ton passeport de réussite !

Il ajoute un grand sourire. Pas de sous-entendus, pas de « mascotte ». Elle s'était trompée sur toute la ligne à son sujet.

De nouveaux alliés

En quittant Julien, elle avait retrouvé le sourire. Elle n'était pas seule dans son aventure et commençait même à se faire des « amis », des compagnons d'infortune ayant des objectifs communs aux siens.

Elle avait alors envoyé un message à Roseline, afin que l'on n'envoie pas une équipe de recherche à ses trousses, un simple petit émoticône bien connu : un petit pouce levé.

Réponse de Roseline immédiate : Alors ce Julien ?

Et Olivia se contenta de ranger son téléphone dans sa poche avec un petit sourire idiot. Roseline... mais que s'imagine-t-elle là ?